Enseignements en licence durant l'année 2018-19

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David Lefebvre

  • Licence 3

Semestre 1, salle à préciser

 « Sens et limite de la critique de la poésie dans la République de Platon »

Platon est connu pour avoir « chassé les poètes de la cité », ce qui lui vaut généralement le reproche de tout réduire à la sphère éthique et politique et d’ignorer la spécificité de l’esthétique. Cependant, les interprètes ont généralement identifié une radicalisation dans la critique de Platon au cours de la République et ont posé la question du rapport entre le livre X (où tous les poètes semblent exclus de la cité) et les livres II-III (qui réservent une certaine place à la poésie dans l’éducation des gardiens). Ce cours aura pour objet de situer la critique platonicienne de la poésie dans le cadre de la progression de la République, afin de comprendre les raisons (éthiques, politiques, psychologiques, métaphysiques) et les limites de cette critique. Si la République comporte de fait une critique de la poésie et du discours des poètes (dont en particulier Homère et les auteurs de tragédie), elle accepte et réglemente dans la cité juste l’existence d’un certain type de poésie. Il faudra donc examiner précisément les arguments de Platon, en tâchant de comprendre aussi la cohérence de sa position à l’égard de la poésie. – On utilisera la traduction de la République par Émile Chambry (Les Belles Lettres) ou Léon Robin (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade). Une bibliographie détaillée sera distribuée au début du cours.

 

Indications bibliographiques :

Annas, J., Introduction à la République de Platon, Paris, Puf, 1981.

Mouze, L., Le Législateur et le poète, Une interprétation des Lois de Platon, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2005.

Robin, L., Platon, Paris, Puf, Quadrige, 2000 (1935).

 

Semestre 2, salle à préciser

« Introduction à l’Éthique à Nicomaque d’Aristote : Éthique et psychologie »

En vertu du principe de la séparation des sciences, ce que nous appelons l’éthique et la théorie de l’âme sont deux disciplines bien séparées pour Aristote : le politique ne doit pas se lancer dans une étude de l’âme pour elle-même. Cependant, au cours de l’Éthique à Nicomaque, Aristote ne peut pas faire autrement qu’utiliser une certaine conception de l’âme, laquelle est bien en un sens son sujet principal, puisque l’éthique a pour fin de connaître les meilleurs états de l’âme et de définir les moyens de les produire en elle. Aristote distingue donc des parties de l’âme, introduit une hiérarchie entre ces parties et isole une partie appelée à occuper une place grandissante au cours de son analyse : l’intellect. Cet intellect est lui-même l’objet de présentations diverses selon les livres et l’orientation de l’analyse. Ce n’est pas seulement une partie parmi d’autres (la prudence, la science, etc.), mais la partie la plus haute et ce que chacun est soi-même. Le cours se propose donc de donner une introduction à l’Éthique à Nicomaque centrée sur la conception de l’âme qui y est impliquée et notamment sur le rôle de l’intellect. – Les traductions de J. Tricot (Vrin) ou de R. Bodéüs (Flammarion) pourront être utilisées. Une bibliographie détaillée sera distribuée au début du cours.

 

Indications bibliographiques :

Aristote, L'Éthique à Nicomaque, Introduction, traduction et commentaire par R.-A. Gauthier et J.Y. Jolif, 4 vols., Peeters, 2002 (1959).

P. Aubenque, La Prudence chez Aristote, Paris, Puf, Quadrige, 1963.

J. Cooper, Reason and Emotion, Essays on Ancient Moral Psychology and Ethical Theory, Princeton University Press, 1999.

 
 


Anca Vasiliu

  • Licence 3, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, « Histoire de la philosophie »

Semestre 1, tous les jeudis, 8h-11h, en Sorbonne, salle Halbwachs

« Le Phèdre de Platon et son héritage, autour de la question de l'âme et du logos approprié »

En se focalisant sur la structure du dialogue et sur certaines de ses parties les plus fascinantes, le prologue et la palinodie, le cours proposera une analyse croisée du texte platonicien et de quelques reprises, commentaires et références directes et indirectes dues à la postérité hellénistique et à l’antiquité tardive. L’héritage du Phèdre a connu deux grandes lignes interprétatives : l’une à travers les traditions épicurienne et sophistique (Lucrèce, Philostrate), l’autre dans le médio- et néoplatonisme (Plutarque, Plotin, Porphyre, Proclus, Ps.Hermias). Pour les uns le Phèdre est un dialogue sur l’art d’aimer et sur la connaissance discursive de l’âme et de soi ; pour les autres, il s’agit d’un texte initiatique conduisant à la connaissance du destin de l’âme et à la possibilité d’y accéder par une (re)connaissance idoine des Formes et du principe divin du vivant. À travers ces lectures, l’âme apparaît néanmoins comme le sujet directeur du dialogue, tandis que l’amour, le beau, le langage et la philosophie se distribuent les rôles spécifiques de moyens et d’objets de l’expérience et de la connaissance de l’âme.

Le Phèdre serait-il perçu par les Anciens comme un texte sur la condition de l’âme individuelle, condition que Platon montre en mimant à travers les deux personnages, Socrate et Phèdre, les épreuves d’une initiation de l’âme individuelle aux « mystères » de l’âme tout court (sur le modèle des « petits mystères » d’Agra préparatoires aux « grands mystères » d’Éleusis) ? Les lectures néoplatoniciennes, sensibles à l’aspect initiatique du dialogue, ne semblent toutefois pas accepter comme une évidence que ce dont il est question est bien de définir la condition de l’âme singulière dans son rapport au monde et au corps. Pourtant, de la nature transcendante et universelle de l’âme, seule une âme qui reconnaît sa singularité comme gage d’unité avec soi peut en fournir la connaissance, selon Socrate. D’où l’importance que revêt l’aspect scénique et performatif du dialogue platonicien auquel nous consacrons une analyse détaillée, et en quelque sorte phénoménologique, dans les pages qui suivent.

 

Indications bibliographiques :

   Éditions et traductions du Phèdre :

Phèdre, éd. et trad. de Léon Robin, Paris, Les Belles Lettres, 1933

Phèdre, éd. et trad. C. Moreschini et P. Vicaire, Paris, Les Belles Lettres Poche, 1998

Phèdre, trad. de L. Brisson, Paris, GF 1997, avec l’étude de J. Derrida, « La pharmacie de Platon » (pp. 255-403)

Phèdre, trad. de L. Mouze, Paris, Livre de Poche, 2007

Fedro, éd. et trad. italienne de R. Velardi, Milan, BUR, 20082

Fedro, éd. et trad. italienne de M. Bonazzi, Turin, Einaudi, 2011

 

   Quelques études monographiques du Phèdre :

M. Dixsaut, Les métamorphoses de la dialectique dans les dialogues de Platon, Paris, Vrin, 2001 

id., Platon et la question de l’âme. Études platoniciennes II, Paris, Vrin, 2013

id., « Donner à voir : fonction et signification des mythes platoniciens », in Plato, Poet and Philosopher, E. Moutsopoulos, M. Protopapas-Marneli (éds.), Athènes, 2013 (pp. 119-134)

Ch. L. Griswold jr., Self-Knowledge in Plato’s Phaedrus, Yale University Press, 1986

G. R. F. Ferrari, Listening to the cicadas. A Study of Plato’s Phraedrus, Cambridge Univ. Press, 1987

F. Trabattoni, Fedro, Milan, Bruno Mondadori, 1995

G. Casertano (a cura di), Il Fedro di Platone : struttura e problematiche, Napoli, Loffredo edit., 2011

D. S. Werner, Myth and Philosophy in Plato’s Phaedrus, Cambridge Univ. Press, 2012

M. Jorge de Carvalho, A. de Castro Caeiro, H. Telo (eds.), In the Mirror of the Phaedrus, Academia Verlag, Sankt Augustin, 2013

A. Capra, Plato’s Four Muses. The Phaedrus and the Poetics of Philosophy, Center for Hellenic Studies, Harvard Univ. Press, 2014

L. Brisson, « Le discours comme univers et l’univers comme discours. Platon et ses interprètes néoplatoniciens », dans Le texte et ses représentations, « Études de littérature ancienne », tome 3, Paris, Presses de l’ENS, 1987 (pp. 121-128)

K.A. Morgan, Myth and Philosophy from Presocratics to Plato, Cambridge Univ. Press, 2000

A. Lefka, « La floraison du logos platonicien au sein de la phusis : le Phèdre et les Lois », in Kêpoi. De la religion à la philosophie. Mélanges offerts à André Motte, sous la dir. d’E. Delruelle et V. Pirenne-Delforge, Presses Universitaires de Liège, 2001

A. Vasiliu, « Mythologie de la source. Le silence du visible et son interprétation par Socrate (en relisant le prologue du Phèdre) », Tropos. Rivista di Ermeneutica et critica filosofica, 1/2014, Aracne editore, Rome 2014 (pp. 51-82)

J. Brunschwig, « Di»ghsij/Diêgêsis et m…mhsij/mimêsis dans l’œuvre de Platon », résumé publié dans la Revue des études grecques, 87, 1974, pp. XVII-XIX, repris en version complète dans Les Études philosophiques, 2018-1 (pp. 49-62)